Comme l’expliquait Tyler Cowen dans son ouvrage « The Complacent Class » paru en 2017, l’époque dans laquelle nous vivons semble particulièrement adaptée aux personnes motivées par des centres d’intérêt forts allant du voyage à une passion inconditionnelle pour la cuisine ou encore pour la mode.

Si cette époque a tout pour rendre heureuse la génération de millennials qu’elle a vu naître, la question fait aujourd’hui débat.

Alors pourquoi les enfants d’Internet sont-ils si malheureux ? Dans un chapitre intitulé « Social Media, Friendship, and Happiness in the Millennial Generation » tiré du livre Friendship and Happiness, les auteurs Adriana Manago et Lanen Vaughn expliquent que l’autocentrisme, le narcissisme et le déclin du bien-être viennent du fait que les millennials sont en capacité de personnaliser leur environnement social à travers la technologie. La capacité que nous ont donné les réseaux sociaux de créer une présence personnelle en ligne nous a mené à croire que nous sommes plus important que nous ne le sommes réellement.

De la même manière et lors d’un numéro de stand-up issu du show Netflix Make Happy, l’humoriste Bo Burnham médite sur sa situation : « Je suis né en 1990 et j’ai été élevé dans une société Américaine où le culte de l’auto-expression était roi. » Il poursuit en pointant du doigt une idée erronée que les millennials ont pour lui été amenés à croire : « si vous faites ce que vous aimez et que vous dites ce que vous pensez, les gens vont s’y intéresser ». Sauf que la plupart du temps, ce n’est pas le cas.

Le bonheur cyclique de la culture social media : poster, obtenir des likes, se sentir mieux, recommencer.

En préparant son spectacle, Burnham avait pour idée de choisir comme thème principal le milieu des artistes afin de les tourner en dérision mais s’est rapidement rendu compte que le sujet était peut-être un peu trop « meta » pour en faire un show d’une heure auquel les gens pourraient s’identifier. Cette réflexion lui a finalement fait prendre conscience d’une chose : « Les Millennials sont une génération entière de performers ! Chacun d’entre nous sait exactement sous quel angle prendre le meilleur selfie, à quel moment poster et sur quelle plateforme le faire pour raconter chaque détail de notre vie quotidienne, ou partager des réflexions parfois profondes et personnelles[…]. Les réseaux sociaux sont simplement la réponse du marché à une génération qui souhaitait s’exprimer et monter sur scène. » 

Dans cette culture, la monnaie d’échange du bonheur est symbolisée par les likes, les followers et l’engagement, et le sentiment d’illégitimité qui en résulte lorsque l’on échoue à bâtir sa communauté peut avoir des effets indésirables sur des personnalités en construction et en quête de sens. De la même manière, certains affichant une vie idéale et un bonheur sans limite sur les réseaux, avouent en réalité être profondément malheureux dès que le masque tombe, loin de la pression exercée par ce besoin qui régit la façade virtuelle : être quelqu’un d’exceptionnel mais surtout de plus exceptionnel que ses pairs. 

Pour la première fois de l’Histoire, une génération entière a été élevée par Internet, et de la même manière que nos parents nous ont légué certains traits de caractères, Internet a sans aucune doute eu un impact profond et indélébile sur nos personnalités. Burnham conclut son show avec cette déclaration : « Je ne sais pas grand chose, mais ce que je sais c’est que si vous pouvez vivre votre vie sans un public… vous devriez probablement le faire. » 

Alors, chers Millennials, êtes-vous heureux ?